Petites coulisses du succès

Publié le par Hubert Mansion

"… La chanson reste un immense privilège. Mais le public ignore souvent tout ce qu'il faut vivre pour en arriver là. Le temps perdu. En voyages, en attentes, dans les loges... Il m'est arrivé, pour faire une seule chanson dans un programme de télé en Allemagne, d'être bloqué pendant trois jours dans une loge. Avec le recul, je sais que ce temps perdu m'a fait passer à côté de pas mal de choses de la vie. Un des seuls regrets que j'oserais émettre, c'est que je suis passé à côté de l'enfance de mes fils. À l'inverse, ce que le public ignore aussi, c'est ce que les chansons peuvent vous apporter. Je regarde par hasard un championnat du monde de patinage artistique, à la télévision. Et j'entends un couple d'Estonie danser sur une de mes chansons, Plus tard, qui est une de mes préférées mais qui n'est jamais passée à la radio. Au moins, j'aurais écrit cette chanson pour eux. Dans le piano-bar d'un hôtel de je ne sais plus dans quel pays, j'entends un pianiste reprendre Fichue samba, encore une chanson inconnue. Il ignorait que j'étais présent et, lorsque je suis allé vers lui, il ne me connaissait pas. Il avait entendu cette chanson par hasard, il l'avait aimée et mise à son répertoire... J'en ai d'autres, des histoires de ce type. Pendant un match de foot que je regardais à la télé, entre la France et les Pays-Bas, le public a spontanément repris Les filles du bord de mer. En allant au cinéma, avenue de la Toison d'Or, j'ai entendu un joueur d'orgue de barbarie, chanter Si j'étais. Quand il m'a aperçu, il était tout ému. Dans un film, Y aura-t-il de la neige pour Noël ?, une mère de sept enfants renonce à se suicider en entendant Tombe la neige. On m'a dit aussi que dans un autre film, Vodka lemon, un chauffeur de bus kurde fredonne Tombe la neige en turc... Ça, ce sont des cadeaux de la vie."

 

(Entrevue de Salvatore Adamo par Eddy Przybylski , La Dernière Heure , 3 janvier 2007)

Publié dans SHOW-BUSINESS

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