Le droit d'auteur des anges
On sait que le droit d’auteur appartient à celui qui a créé l’œuvre.
Le créateur de l’œuvre est celui, dit la jurisprudence, qui l’a « mise en forme ». Cette mise en forme ne consiste pas forcément en une inscription dans la matière, car un discours, par exemple, ou n’importe quelle œuvre orale, est protégé par le droit d’auteur.
Mais qui est l’auteur lorsque celui-ci affirme qu’il n’a été que le canal d’une voix extérieure, non humaine ? La question se pose pour nombre d’ouvrages, à commencer par les magnifiques Dialogues avec l`Ange recueillis par Gitta Mallasz durant la Deuxième Guerre.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore ce livre, il s’agit d’un des plus impressionnants ouvrage du siècle dernier : l’intervention, en plein cataclysme, de voix d’ailleurs, porteuses de messages d’une rare puissance.
Gitta n’a évidemment jamais prétendu être l’auteur de ces Dialogues, ni même en avoir été le seul canal :
« De nous quatre, Hanna était la plus terre à terre, la plus consciente d'elle-même, la plus vive d'esprit. En même temps, elle était très intuitive. C'est ce pouvoir de concentration qui lui a ouvert les portes pour une dimension de vie plus intense. Lorsqu'elle s'est écriée : " Attention, ce n'est plus moi qui parle ! ", je savais qu'une force qui nous dépassait s'exprimait á travers elle. Pourtant, elle n'était jamais en transe : elle était simplement plus lucide. Et cela ne nous a pas du tout surpris, c'était naturel. Puis, chaque vendredi, à 3 heures, nous avons reçu l'ange comme si nous recevions naturellement un ami. »
Ainsi, si l’on faisait un film – ce que j’espère – de ces Dialogues lumineux, à qui faudrait-il demander le droit de les reproduire ? Et comment l’auteur du livre, ayant non pas renoncé à son droit, mais l’ayant elle-même contesté, pourrait-elle revendiquer quoi que ce soit ? Question insoluble du droit sur la Terre…
Illustration : Fusain - Rubens, reproduction D. Milette - Gatineau, Qc