VICTIME DE STAR ACADEMIE ?

Publié le par Hubert Mansion

« Stéphane se vide le cœur » : c’est en ces termes que la dernière livraison d’un hebdomadaire québecois,  La Semaine, annonçait l’entrevue accordée à l’ex-académicien Stéphane Mercier. Parmi d’autres déclarations, le chanteur confessait son passage à la cocaïne après l’Académie, sa situation financière en déroute et l’échec commercial  de son album. Il attribue l’ensemble du désastre aux Productions J.

Comment on détruit son image en trois étapes

A lire l’entrevue, on s’aperçoit pourtant que Stéphane n’est victime que de lui-même et de l’image qu’il a projetée durant toute sa participation à l’émission.  « Je dois t’avouer que tu n’es pas cet imbécile auquel je m’attendais après t’avoir vu à Star Académie » lui dit gentiment la journaliste qui l’interroge. Ne répondant pas à ce qui n’est d’ailleurs pas une question, Stéphane déclare naïvement  :  « Je croyais que Star Académie allait faire de moi une star au même titre que Roch Voisine ou Kevin Parent  On ne m’avait pas fait de promesses », ajoute-t-il, mais il avait des rêves.

Comment s’y prend-il pour les réaliser ?  Lorsqu’il apprend sa sélection, il décide d’apparaître tout nu devant les caméras de l’animatrice, afin, dit-il, que le public se souvienne de lui. Première erreur, et elle est fatale : quand un chanteur, pour débuter une carrière, met en avant autre chose que son talent, il fixe auprès du public une image biaisée dont il ne pourra se départir que très difficilement. Comment peut-on espérer passer pour un artiste quand on se vend comme un danseur ? La réaction ne se fait d’ailleurs pas attendre : Stéphane s’entend traiter de « niaiseux qui montre son cul »  - et il  s’en étonne.

Poursuivant dans le même genre, au cours de l’émission il commet une deuxième erreur en déclarant à une jeune femme, en blague assure-t-il, « ça fait deux semaines que je n’ai pas fait l’amour. Est-ce que ça te tente ? » . Il n’en fallait pas plus, évidemment, pour que le public associe à l’image de nudité qu’il venait de donner, le contenu du discours qu’il venait de tenir. « J’ai passé pour un gars vulgaire, un pervers. Dans la rue, je me suis fait dire des trucs dégueulasses » s’étonne-t-il aujourd’hui.

La troisième erreur vient un peu plus tard lorsque Stéphane apparaît en pleurs, à la suite d’un exercice finissant en pleine crise de nerfs. Le public obtient ainsi la preuve qu’il attendait et l’explication qui lui manquait : Stéphane est un profond déséquilibré, sans doute en manque de cocaïne.

Ayant ainsi bien fixé une image sans aucune crédibilité artistique ni contenu humain quelconque, l’académicien sort un album en trio (car il n’est pas assez crédible, semble-t-il, pour enregistrer un album solo) dont les ventes ne décollent pas : le rêve s’effondre, et les revenus du chanteur, qui ont atteint 200.000 $, font de même. Stéphane se retrouve sans un sou.

L'art de la victime

Tout ceci, selon le chanteur, est la faute des Productions J. Plutôt que réfléchir sur ses trois erreurs de parcours, pourtant grosses comme l’Académie, Stéphane préfère accuser les autres : on n’a pas montré qui il est vraiment et il n’est pas devenu Kevin Parent. Cette profonde ignorance des mécanismes du show-business (qui n’est pourtant fait que du mot « show » et du mot « business ») dénote  une très haute idée de soi-même : on aurait du le « découvrir » plutôt que le montrer, et comprendre sa vraie personnalité plutôt que filmer ses « up and downs ».

Stéphane a oublié qu’il évoluait dans l’industrie de l’image, et non de la vérité. Dans cette industrie,  ne pas gérer son image publique aboutit toujours à des catastrophes, même quand on est la plus grande star pop de tous les temps (Michaël Jackson).

Voulant se faire aimer à tout prix,  Stéphane Mercier  a attiré l’attention du public sur tout, sauf sur son talent. Il a montré sa nudité, mais il ne s’est jamais mis à nu. Il a été spontané mais jamais sincère.

Il apparaît ainsi  comme une victime un peu naïve de lui-même et de cette rapidité avec laquelle le public fixe une étiquette sur les artistes, parfois si lourde à porter que bien des chanteurs s’écroulent sous son poids.

Espérons que Stéphane s’en relèvera. Il vient d’ailleurs de réaliser son premier redressement d’une façon classique dans le show-business : casser son image en se faisant passer pour une victime du show-business.

C’est encore du show-business !

 

 

Publié dans SHOW-BUSINESS

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