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Hubert MANSION

"Un mot de la relation de presse"
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Auteur et Recherche:
Hubert Mansion
Mise en page / Audio
illustration / Animation:
Lise Bisson
Collaboration spéciale:
Merci à Denis Grenier
et Simon Senay
Partenariat en référence
À Hollywood, les stars ne se mariaient autrefois que pour cacher leur homosexualité et naguère de nombreux chanteurs de charme ôtaient leur alliance avant de monter sur scène. Hitler a longtemps dissimulé sa relation avec Éva Braun pour laisser croire aux femmes qu’il restait «le mari de toutes les Allemandes». En somme, les relations n’étaient affichées que lorsqu’elles étaient fausses.
Dans la récente affaire, non encore jugée, opposant le nouveau couple présidentiel français à la compagnie Ryannair, l’avocat de cette société a justement indiqué dans sa plaidoirie à propos de Carla… Sarkozy: «On s'intéresse à la femme. Parce que cette femme, avouons-le, on a tous envie de se l'approprier un peu». On ne saurait mieux résumer le plan de communication de 80% des chanteuses et cette volonté d’appropriation est l’une des causes majeures de l’acte d’achat d’un disque.
Carla était libre. Il y a quelqu’un qui lui avait dit qu’on l’aimait encore, et elle s’en étonnait. Son étonnement nous étonnait nous-mêmes, car comment l’aurait-il oubliée? Carla Bruni, en respirant dans le micro, partageait avec des millions d’auditeurs le monde intérieur d’une top-modèle, et, pour la première fois, ce monde apparaissait dans une sentimentalité fragile.
Non, chuchotait-elle, ce n’est pas parce que je suis belle que je suis heureuse, ce n’est pas parce que je suis mannequin que je suis stupide, ce n’est pas parce que j’ai un décolleté que je n’ai pas de cœur, ce n’est pas parce que je chante que je suis une chanteuse. Elle nous apparaissait célèbre mais timide, pulpeuse mais sentimentale, sur les podiums mais à côté de ses pompes, gagnante mais perdue.
Son mariage présidentiel change bien des choses. D’abord, elle n’est plus susceptible d’appropriation. Quand une vedette dans le registre de Carla perd cette qualité, elle se trouve sur la corde raide si elle ne la remplace aussitôt par l’admiration, comme avait fait Grace Kelly en devenant la princesse de Monaco - et en abandonnant le cinéma.
Elle est en outre immédiatement limitée dans son répertoire. Toute chanson d’amour, puisqu’on en connaîtra le destinataire, sera risible ou sera rie, et si elle n’en fait plus, elle perdra sa « marque ». Limitée, elle le sera aussi dans la communication spontanée des médias pour des raisons évidentes.
Mais la problématique contient en elle-même sa solution naturelle. La chanteuse, devenue première dame de France, a «trouvé l’amour»: dans les contes de fées et dans l’idéal collectif, quand on s’est marié avec son prince charmant, on est heureux pour la vie. Et on se transforme. Carla doit donc maintenant se détourner d’elle et se tourner vers les autres et, puisqu’elle est mythiquement comblée en ses sentiments, offrir au monde sa sollicitude en chantant pour aider. Passant du statut d’amoureuse à aimante, de séductrice à admirable, elle ne peut plus être chanteuse: elle est devenue Marianne.
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