Un geste de Prince

Publié le par Hubert Mansion

Je vous parle d’un temps que les moins de 40 ne peuvent pas connaîtreuh.  C’était en 1979 et tout le monde ne parlait que de la crise du disque lorsque Warner inventa le principe de la synergie multimédia.

L’Artiste Autrefois Dénommé Rogers Nelson avait enregistré pour cette maison de disques l’album Purple Rain dont le single When Doves Cry s’était hissé au sommet des ventes, grâce à d’importantes diffusions du clip sur MTV,  propriété de Warner.  L’album lui-même avait atteint les 11 millions d’exemplaires.

Le film Purple Rain également produit par Warner, avait obtenu un si grand  succès que Warner Home Video fixa, en prévision des ventes de Noël, un prix spécial pour la version vidéo : la cassette(29,98$) s’écoula à plus de 500.000 exemplaires. Le groupe Warner avait donc réussi à mettre en échec l’un des principes de Peter, selon lequel la complexité d’une structure aboutit à son inefficacité.

Trente ans plus tard évidemment, les consommateurs qui avaient dépensé 29,98 $ (+ taxes) pour la cassette et une quinzaine de dollars (+ taxes) pour l’album ont du tout jeter à la poubelle, avec leur magnétoscope et leur  tourne-disque (ainsi que le lecteur de cassette, et les cassettes)  - et on dit que c’est l’industrie musicale qui perd de l’argent.

Mais Prince vient de les rembourser.

Le 15 juillet prochain, il offre en effet gratuitement à  plus de deux millions de lecteurs du journal anglais Daily Mail son nouveau CD, («Planet Earth »). Un album sera inséré dans le supplément week-end Mail on Sunday sans augmentation de prix, de sorte qu’en un jour  l’Artiste Autrefois Dénommé aura écoulé au moins deux millions de disques et assuré une vraie «exposure» à ses prochains spectacles et à 3121, son nouveau parfum -  bien sûr présenté dans un flacon pourpre.

Cette couleur est le seul reliquat de la convergence.  Tout le reste s’est envolé : Prince refuse de signer des contrats à long terme avec des majors depuis son expérience d’ «esclavagisme» chez Warner. Comme il ne vendra pas de disque en Angleterre (BMG a refusé de le distribuer puisqu’il sera donné), il n’apparaîtra plus dans les charts («il s’agit de constructions de l’industrie qui n’ont aucun impact ni sur les fans, ni sur les artistes»).  Mais comme, après tout, il faut bien payer son loyer, et que parler d’argent ferait vulgaire, personne ne sait combien de millions de dollars lui a rapporté ce geste gratuit rempli de générosité. Ou d’euros Autrefois Dénommés Francs Français.

Publié dans SHOW-BUSINESS

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