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CONFÉRENCES

avec Hubert Mansion

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Québec, 18 juin 2006

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ENTREVUE avec HUBERT

par M. GIROUX - 95,1fm

 

 

 

FRÉQUENCE LIBRE

 

         

 

 

Entrevue du 5 avril 2006:

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Entrevue TQS - septembre 2007

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par Jean-Guy MONGRAIN

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Samedi 9 juin 2007

 

Et si, après les reality shows, on était passé au stade suivant: la réalité en tant que show? Non une réalité tronquée,  une fiction imitant le réel, filmée et plus ou moins grossièrement mise en scène. Mais la «vraie», la dure, celle qu’aucun commentateur ne remet en question, celle à laquelle le public croit sans réserve et que les journalistes commentent sans se poser de question.

 

Comment ne pas saisir cela en voyant la promotion mondiale dont vient de bénéficier Paris Hilton? Comment ne pas voir  que cette « réalité » est montée de toutes pièces, non pas, comme autrefois, en faisant croire  à son arrestation, mais en la faisant vraiment arrêter, en plaidant mal, en la plaçant vraiment en prison (sans caution).  Son bénéfice est immense: une nouvelle couverture mondiale, et une «street credibility » dans le genre rap. Son coût est en revanche  infime : quelques heures de prison à peine.

 

Le Los Angeles Times se demande si Paris Hilton est aussi stupide qu’elle en a l’air. Mais la stupidité, c’est cette question. Tout est mené dans cette affaire sur le même créneau depuis le début: un reportage sur la vie d’une jeune femme riche et malheureuse, blonde et stupide.

En 2000, la «révélation» de Vanity Fair la fait connaître au grand public: Paris Hilton a une relation avec Leonardo Dicaprio (il doit y en avoir cinquante autres). Trois ans plus tard une vidéocassette «pirate» est divulguée sur Internet montrant ses ébats sexuels avec son copain de l’époque (les ayants droit d’Hergé viennent de faire retirer la numérisation d’une image de Tintin d’ un site Internet, mais Paris ne peut faire interdire un film pornographique qui la met en scène). Elle en souffre à un point tel, elle en est tellement humiliée, qu’elle décide de se montrer à toute l’Amérique et triomphe dans «The Simple life».

 

Deux ans plus tard, c’est encore le scandale de la pub Carl’s Jr (des hamburgers), où elle apparaît comme une danseuse érotique, qui fait exploser le site de l’annonceur car une association de parents (sans doute avertie par les relationnistes de Paris) crie au scandale. Enfin en 2006, elle est arrêtée pour conduite en état d’ivresse (justement il y avait un caméraman à ce moment), condamnée à la prison. Elle en sort presque aussitôt – nouveau scandale bien sûr, cette fois en provenance de représentants des droits civiques. Car on avait oublié une chose : la réalité a d’autres metteurs en scène que des publicistes et d’autres juges que le hit-parade.  Le retour en prison,  inattendu sans doute, conduira vraisemblablement au renvoi de quelques attachés de presse.

 

Il n’y a donc jamais eu dans la vie publique de Paris autre chose que des indiscrétions menant à des expositions médiatiques. Chaque fois qu’elle est prise en flagrant délit de quoi que ce soit, elle est engagée quelque part.  Son capital est le scandale, et ses intérêts, qu’on en parle.

En cela, c’est l’anti-Céline Dion: l’une travaille, l’autre ne fait rien; l’une est née dans la pauvreté, l’autre dans l’opulence. Céline finit dans un palais et Paris en prison.  C’est Cendrillon à l’envers et, pour cette raison, un mythe moderne.

 

Car Paris symbolise sans le savoir la fin de la société de consommation, tandis que Céline défend, au fond, le rêve américain. Paris Hilton dit à un public crédule qu’on a beau être riche, belle, blonde et américaine, on est quand même perdu. En cela, elle rassure les pauvres, scandalise les riches et interroge toute une société qui vacille depuis le 11 septembre. Elle n’offre aucun rêve, aucun idéal, aucun projet. Mais le spectacle d’une déchéance minutieusement orchestrée parce qu’elle est rentable. Elle est celle qui a tout mais qui est mal, au lieu de celle qui n’a rien mais qui veut tout.  Son public se compose donc de centaines de millions de gens, car on a toujours un public qui nous ressemble.

par Hubert Mansion publié dans : SHOW-BUSINESS
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