Littérature du show-business

Publié le par Hubert Mansion

 

LITTERATURE DU SHOW-BUSINESS:

L'INDUSTRIE DE LA CONSOLATION

Le Figaro consacre un article à ce qu’il est convenu d’appeler la littérature d’été qui serait, dit le magazine, envahie par les autobiographies de stars et vedettes : conversations entre Geneviève de Fontenay et sa Miss France 2002, autobiographie de Bob Dylan,  souvenirs de Jean-Pierre Foucault, mémoires de Guy Bedos,  soirées privées de Patrick Sébastien,  de Frédéric Mitterrand, vie du fils de Sheila et  souvenirs de Mazarine Pingeot.

Alors que la vente moyenne d'un livre en France est de 7 842 exemplaires, Ma fille Marie, de Nadine Trintignant s`est vendu à 214.000 copies et à la mi-juillet, Pierre Perret, Ludovic Chancel, Patrick Sébastien et Guy Bedos figurent dans le classement des meilleures ventes d'Ipsos-Livres Hebdo.

Ce phénomène ne constitue qu’une exploitation secondaire de la notoriété et n’a, en soi, rien de surprenant ni de nouveau. Il est normal que des vedettes disposant de toutes les entrées médiatiques possibles, et donc de la plus large exposition imaginable, accumulent les succès livresques.

La vedette trouve, dans la publication de ces livres qui sont souvent écrits par d’autres, l’occasion de démontrer qu’elle n’est pas cette icône qu’elle a mis des années à fabriquer (Sharon Stone est intelligente, Sheila boudhiste, Julio Iglesias  suicidaire) et la place pour exposer en détail et sans pause publicitaire la largeur de son égo.

Le public, de son côté, se trouve enchanté de découvrir que les riches et célèbres sont finalement comme eux, que l’argent ne fait pas le bonheur et que faire l’amour auprès d’une piscine de St-Tropez ne rend pas plus heureux que boire une bière entre amis dans un camping de Dunkerque.

Certains moralistes condamnent ce « voyeurisme ». Le mot est vite dit. Ne s’agit-il pas plutôt de consolation ? S’apercevant enfin que la vedette est humaine, et donc un peu comme lui, le public se sent mieux parce qu’il est moins jaloux. Sous le sourire de l’homme qui a tout réussi, se cache l’amertume d’un enfant qui n’a pas eu de père. Derrière la poitrine d’une bombe sexuelle bat un cœur qui n’a jamais connu l’amour : on referme ces livres en aimant sans doute davantage, mais en enviant beaucoup moins. Tant mieux.

S’agit-il de la vérité ? Evidemment non. Pour dire la vérité en écrivant, il faut un immense talent dont seuls disposent les génies de la littérature.  Mais c’est au moins du vraisemblable et du crédible, une sorte de reportage sur soi, comme pourrait faire un journaliste de CNN à propos de lui-même. Si le public croit y trouver la vérité, c’est qu’ il reste en chacun de nous cette croyance profonde que l’écrit la révèle , tandis que l’image la tronque.  Mais aussi parce que ça l’arrange.

C’est pourquoi, paradoxalement, la société de l’image produira toujours plus d’écrits :  contrairement à ce qu’on prévoyait (les spécialistes de n’importe quoi prévoient d’ailleurs toujours des catastrophes) la télévision n’a pas tué le livre. Elle a  juste massacré les écrivains.

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