L’AFFAIRE ASHANTI

Publié le par Hubert Mansion

 

Je reçois de Moïse Avalon, auteur des Confessions of a record producer, le récit de cette affaire dans laquelle il a été appelé à déposer à titre d’expert.

Tout commence à Atlanta en 1997. Une jeune chanteuse alors inconnue, Ashanti Douglas, signe avec une petite maison de production, Team Entertainment, un contrat d’enregistrement.  Le propriétaire de Team, G. Parker, qui est aussi le petit ami de la mère d’Ashanti, réalise quelques maquettes lorsque une société affiliée à Sony propose de signer Ashanti en exclusivité.

Comme la chanteuse se trouve sous contrat d’enregistrement avec Team, une telle signature n’est possible que si Parker l’accepte : ce qu’il fait.  Il laisse donc partir Ashanti, pour autant que celle-ci s’engage à lui reverser un pourcentage des royalties futures à recevoir de Sony.

Mais l’infidélité étant la seule vertu à laquelle les infidèles sont fidèles, Ashanti quitte également Sony, peu de temps ensuite, pour signer avec un label d’Universal qui enregistre son premier album et en vend plus de 6 millions d’exemplaires…

La transaction qui avait été conclue lors du départ de la chanteuse de Team Entertainment prévoyait un reversement de royalties pour les disques sortis chez Sony. L’album litigieux étant commercialisé par Universal, la chanteuse et sa mère, qui est son conseil, jugèrent qu’ils ne devaient rien à Parker. Pas même, bien entendu, comme cela arrive si souvent, un remerciement quelconque, étant donné que la mode actuelle consiste à remercier beaucoup plus Jésus que le pauvre type par qui tout est arrivé.

Or, aussi curieux que cela puisse paraître, le jury auquel cette question fut posée, donna raison à Parker et lui octroya une indemnité sur base du raisonnement suivant. Si Sony avait déployé tous ses efforts pour commercialiser un disque, mais avait échoué, Team n’aurait eu droit à rien. Mais puisque la chanteuse avait quitté  cette maison de disques sans lui laisser la possibilité d’exploiter ses enregistrements, elle avait en quelque sorte  transporté son obligation de Sony à Universal, car elle avait empêché toute possibilité de règlement de l’indemnité due. Elle fut dès lors condamnée à verser à Team Entertainment la somme de 630 000 $.

Ce montant fut ensuite réduit par le juge : selon lui, la preuve n’était pas faite que Sony eût vendu autant d’exemplaires de l’album que Universal, si l’album était sorti chez elle. Les avocats de Parker décidèrent en conséquence d’engager un expert (Moïse Avalon) pour démontrer le contraire.

En comparant les statistiques de ventes des deux multinationales, sur base d’albums équivalents sortis pendant la même période, Avalon établit que si le disque avait été publié par Sony, il s’en serait vendu 270% en plus.  L’indemnité monta  à 1,7 millions de dollars...

Et c’est alors que tout s’écroula. Devant l’impossibilité de démontrer au jury l’erreur de calcul dans cette estimation, les avocats de la chanteuse se retournèrent sur un point formel réduisant à néant tous les espoirs de Parker :  Team, la société qu’il représentait à la barre n’étant pas légalement formée, son action devait être jugée irrecevable.

Le juge accepta et déclara que la séance était levée : il y a des moments où le droit ne conduit pas  à la justice.

Il y a aussi fort à parier que Parker, qui avait voulu économiser 1000 $ en se passant d’un avocat pour constituer sa société, sortit si dégoûté du tribunal qu’il décida de faire comme la première manager de Madonna, après les turpitudes de cette dernière.

C’est-à-dire ?  Partir en Irlande y élever des chèvres.

Publié dans SHOW-BUSINESS

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Pascal 03/04/2007 15:25

C'est toujours un plaisir de lire tes billets sur le merveilleux monde du showbiz. La valse des millions n'a pas fini de faire danser...