A quoi sert une chanson ?

Publié le par Hubert Mansion

On a presque oublié la fonction utilitaire des chansons. L’usage qu’on en fait aujourd’hui  semble d’ailleurs le contraire du passé : on chante tout seul (on chantait en groupe) et dans des moments de loisirs (on chantait au travail).

 

Au Canada, de très nombreux métiers avaient leur refrain. Parmi ceux-ci les voyageurs étaient sans doute les plus grands chanteurs.

 

Ces hommes, qui ramaient  en canot d’écorce sur des milliers de kilomètres  chantaient dès le départ, et jusqu’à l’arrivée. Ils le faisaient par tradition, pour rythmer l’aviron et pour ne pas s’endormir : « A la fin de chaque pièce, pour atténuer la monotonie du refrain, ils lançaient un cri à l’indienne qui, certes, empêchait de dormir tous ceux d’entre nous qui étaient couchés sur le pont, enveloppés de peaux de bison. Trois canots remplis de Peaux-Rouges nous accompagnèrent jusqu’à très tard dans la nuit. Leur présence se manifestait à leurs chants guerriers et au battement de leurs avirons dans l’eau ; entre les chansons, la lueur de l’acier frottant le silex pour allumer leurs calumets découpait de temps à autre leur silhouette dans la nuit étoilée.  » dit un témoin, décrivant ainsi le plus beau vidéoclip de tous les temps.

 

Le répertoire des voyageurs se composait principalement de vieilles chansons françaises : «  En roulant ma boule », « C’est la belle Françoise », « En revenant de la jolie Rochelle », « À Saint Malo » et bien sûr « À la claire fontaine ». Ces mélodies avaient passé l’Atlantique et résonnaient dans toute l’Amérique du Nord : les voyageurs les avaient apprises aux Anglais et à certains Amérindiens, sans aucun plan marketing.

 

Des milliers de gens ont chanté en pleine forêt

« Que donneriez-vous belle
Pour avoir votre ami ?

 

Je donnerai Versailles
Paris et Saint-Denis

 

Les tours de Notre-Dame,
Et l'clocher d'mon pays »

 

sans avoir jamais vu ni Versailles ni  Paris, ni Saint-Denis et il est vraisemblable que certains Hurons entonnaient également « Auprès de ma blonde »  auprès de leur « sauvagesse », comme on disait à l’époque. On a même retrouvé en Louisiane un air datant de 1530  composé contre François 1er et chanté par un Noir en français sur des accords de blues.

C’est là le destin accompli d’une chanson, tel que le souhaitait  Etienne Roda-Gil :

 

Comme la lune fidèle

A n'importe quel quartier

Je veux être utile

À ceux qui m'ont aimé

À ceux qui m'aimeront

Et à ceux qui m'aimaient

Je veux être utile

À vivre et à chanter

Publié dans SHOW-BUSINESS

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Marsou° 14/03/2007 03:16

Et oui oui et J'ajouterai bien
" A quoi sert une chanson si elle est désarmée ..."
Ben A faire de l'argent pardit