Sylvie Desgroseillers

Publié le par Hubert Mansion

Les fruits de la maîtrise

Comment peut-on comprendre Beethoven quand on est un pianiste de 4 ans ?  On ne le peut pas, même si l’on est un génie, parce qu’on n’a pas vécu, qu’on n’a pas été rejeté, aimé, bref, parce que l’on n’a pas souffert.

Le show-business, dans son apologie de l’adolescence, ferme la porte à l’expérience humaine quand il ne donne le micro qu’aux jeunes. Même s’ils n’interprètent que des textes écrits par des autres plus âgés, comment peuvent-ils les nourrir de leur chair ?

On dira que les consommateurs de musique étant des jeunes, il suffit que le marché leur donne ce qu’ils sont pour être parfaits. Mais c’est faux : les plus grands acheteurs de disques dépassent la quarantaine. Ils ne peuvent pas se retrouver dans la fausse souffrance, ils ne peuvent partager les désirs des plus jeunes, qu’ ils ont déjà vécus. Cependant qui leur propose d’entendre ce qu’ils sont ? Personne, ou quasiment.

La beauté de l’affaire est que la chanteuse francophone qui représente le mieux les fruits de la maîtrise et de l’expérience s’appelle Sylvie Desgroseillers.  Elle a compris dans son premier album, enregistré dans la quarantaine, qu’il n’y a aucun compromis, aucune cachotterie à faire, mais aussi aucune démonstration inutile, car à cet âge, on a un peu dépassé les effets de manche. Elle nous montre un peu plus ce qu’est d’être humain, et de le partager. Sa reprise de "Femme" est magistrale, et celle de "Encore plus haut", magnifiquement produite, maîtrisée dans ses arrangements, sa direction vocale et sa sensibilité.

Cette maîtrise n'est pas générale, car, à 40 ans, on peut aussi opter pour le chant du cygne qui va montrer une dernière fois comme on était bonne. Sylvie Desgroseillers, dirait-on, n’a plus rien à prouver. Ce sont ces gens là qui nous donnent toujours le plus. Quand on a tout perdu, comment pourrait-on craindre de tout donner ?

Publié dans SHOW-BUSINESS

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