Chanter trop fort

Publié le par Hubert Mansion

La comédie musicale dont je n’ai jamais saisi le succès, revient à Montréal, mais en pire. Cette fois, a dit ce matin Luc Plamondon sur Radio-Canada, les chanteurs chanteront encore plus fort : un interprète de Don Juan, Jean-François Brault, prend le rôle de Bruno Pelletier et hurlera à son tour qu’il est revenu le  temps des Cathédraaaaaaaaaaaaaaaaaaleu…

L’irruption de la puissance pulmonaire dans la chanson n’est pas nouvelle, elle est même très ancienne, mais ne pouvait-on raisonnablement espérer que l’invention du microphone la passe aux oubliettes ?  Au contraire, en fait : car le micro fait croire à la puissance vocale, qui fait elle-même croire à la virilité pour les hommes, et à la vigueur sexuelle pour les femmes.

Devenu une sorte d’hormone de croissance pour interprètes, le micro a aussi permis d’enregistrer et d’amplifier des sons autrefois indétectables : soupirs d’aise, roucoulements orgasmiques et respirations pathétiques quand on dit « je t’aime ». Comme l’invention du gros plan a créé la star en filmant l’intimité de son visage, le microphone a permis d’entendre le mouvement des hanches quand on dit « I miss you ». Bref, d’un côté, ceux qui chantaient déjà fort, chantent encore plus fort, et ceux qui n’avaient pas de voix peuvent vendre leur corps.

Au même moment, on annonce le retour de Julio Iglesias sur la scène montréalaise. Que serait Julio s’il ne tenait pas un micro ?  Alors que la plupart l’empoignent, lui le malaxe, le roule, le renverse et le verse : il en fait un bijou, laissant comprendre à qui veut le voir que c’est ainsi qu’il traite le corps des femmes. On peut observer d’ailleurs que Julio réussit presque à nous faire croire à la vie autonome de son micro. On dirait qu’il lui échappe puis revient, qu’il se révolte mais se ravise : c’est une colombe dans sa manche, un bouquet de roses spontané, que dis-je, c’est une cathédrale, voilà où je voulais en venir !

Iglesias a toujours dit qu’aucun chanteur n’avait travaillé comme lui pour réussir. Son génie a consisté notamment à transformer un objet considéré comme un membre viril par le rock’n’roll, en une spectatrice arrachée de son siège et voguant dans le Disneyland des voyages de noces.

 

 

Publié dans SHOW-BUSINESS

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Lise 26/07/2005 06:08

Trop top le commentaire sur les Cathédraaaaaaallllleu.

Et s'il ne suffisait que de travailler pour réussir...

Mais, maintenant que je sais tout ce qu'on peut faire en show avec un micro, le vrai business est peut-être bien d'en vendre!

Merci pour votre plume que j'apprécie, Monsieur Mansion!