Mensonges, sourires et vidéos

Publié le par Hubert Mansion

 

On m’avait autrefois parlé du syndrome de la grenouille : lorsqu’on met une grenouille dans l’eau chaude, elle tâche de s’enfuir au plus vite. Mais si on la dépose dans une casserole d’eau froide, et qu’on fait peu à peu monter la température, elle accepte beaucoup plus facilement la chaleur. Ainsi, nous acceptons très aisément des choses que nous aurions refusées il y a quelques années, parce qu’on nous a progressivement habitués à les entendre.

 

Plus personne ne s’étonne qu’on ne nous offre à la télévision ou en radio que des entrevues avec des gens qui ont une « actualité » : c’est-à-dire quelque chose à vendre. Les émissions « culturelles » passent leur temps, entre différentes publicités, à nous montrer des petits représentants de commerce venus faire leur laïus. Il n’y a, entre eux et les représentants de l’Encyclopédia Universalis de mes jeunes années, aucune différence.

 

C’est même encore pire : ces pauvres représentants, qui arrivaient souvent  trempés par la pluie et faisaient pitié à ma mère, ne se croyaient pas obligés d’exposer leur savoir encyclopédique du fait qu’ils vendaient des encyclopédies. Mais aujourd’hui, on demande à nos artistes de correspondre aux produits qu’ils vendent : s’ils viennent avec une chanson triste, il faut qu’ils expliquent leurs problèmes sentimentaux; les humoristes doivent préparer leurs blagues à l’avance, les sex-symbols doivent faire de la provocation et on attend des correspondants de guerre qu’ils arrivent en treillis. La vérité humaine, la complexité de l’être humain n’a plus sa place dans une culture médiatique qui demande aux créateurs de devenir des produits dérivés de leur création.

 

Partout, je sens poindre une génération d’artistes « libres » que la télévision n’impressionne pas, qui ressent un certain mépris pour le monde médiatique et qui a soif de vérité sans en profiter pour glisser un mot sur une nouvelle boisson à la mode. Et il est vraiment temps que ceux qui ont quelque chose à dire, les chanteurs, les écrivains, les peintres et tous les autres se lèvent pour crier quelque chose de vrai. Selon moi, ce manque de vérité est la cause première de la migration du public vers Internet. En tous cas, c’est la mienne.

Publié dans SHOW-BUSINESS

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Pascal 25/10/2006 15:47

C'est la mienne aussi.

Lise 25/10/2006 05:52

C'est sans doute, comme le dit Michel Galabru, parce que nous sommes tous des acteurs !