Conversation post-moderniste avec une fan de Paris Hilton.

Publié le par Hubert Mansion

 

Montréal, août 2006. J’ai invité G. à me parler de Paris Hilton dont elle est une fan.

Moi : Pourquoi admires-tu Paris ?

G. : Parce qu’elle est célèbre sans avoir rien fait. Si on peut, comme elle, accéder à la célébrité sans aucune réalisation, alors moi aussi, qui n’ai rien fait, je peux devenir célèbre.

Pourquoi vouloir devenir célèbre ?

Parce que les gens célèbres sont le centre de l’attention. Tout le monde fait attention à eux. Ils ne peuvent pas passer inaperçus.

Mais quel est l’intérêt d’être le centre de l’attention ?

Si tout le monde me  regarde, si tout le monde m’admire, il y aura bien quelqu’un qui me plaira dans cette foule. Actuellement je choisis mes partenaires dans le petit nombre de ceux qui m’ont choisie. Si je sors en discothèque, par exemple, je sais que certains veulent avoir une relation avec moi, et je choisis dans ce petit groupe. Mais si j’étais célèbre, ce groupe serait beaucoup plus grand. J’aurais donc beaucoup plus de choix.

Le but est donc de trouver le meilleur partenaire sexuel ?

Oui. Mais c’est surtout de le choisir.

Quel est l’importance de pouvoir le choisir ? Si celui qui t’a choisie te plaît déjà ?

Quand je choisis, j’ai l’impression d’être un homme. Quand je suis choisie, j’ai l’impression d’être une femme. Donc si je fais les deux, je suis à la fois un homme et une femme.

Et l’amour ?

Ce n’est pas ça que je recherche actuellement. Je sais qu’on ne peut pas trouver ça dans une discothèque. L’homme de ma vie, s’il existe, ne fréquente pas les discothèques.

Quel genre de partenaires choisis-tu ?

Celui qui me procurera le plus de plaisir.

Comment peux-tu savoir celui qui te procurera le plus de plaisir ?

Il y a certains indices, mais ils sont trompeurs.

Mais alors, quel est l’intérêt d’avoir le plus grand nombre de choix puisque tu  peux avoir plus de chances aussi de tromper ?

Parce que mon plaisir ne vient pas uniquement du rapport sexuel, mais du fait de savoir que je suis préférée par le plus grand nombre. Celui qui me désire est désiré par toutes les autres. C’est ça qui est intéressant.

*  ~   *   ~   *   ~   *   ~   *   ~   *   ~   *   ~   *   ~   *   ~   *   ~  

J’ai trouvé cette conversation éclairante à plusieurs points de vue.

Il faut, à mon avis, dans un premier temps, passer au-dessus de l’aspect purement sexuel de cette relation mentale avec une vedette. Le sexe ne sert ici que d’expression à un sentiment beaucoup plus trouble.

En somme, ce que dit cette jeune universitaire de 25 ans c’est qu’elle veut être Paris Hilton pour être enviée par les autres femmes : elle veut créer de l’envie. Elle veut  faire à d’autres ce que Paris lui fait. Celle-ci n’apparaît donc plus comme une simple poupée plastique mais comme une génératrice de frustrations diverses qui sont la base de la société de consommation. Si je veux ressembler à telle personne, ce n’est pas que je l’admire en tant que personne, c’est que je n’aime pas l’état dans lequel je me trouve quand je la regarde.  C’est la vengeance en tant que source du mimétisme. Quand je demande à cette fan si elle admire Paris Hilton, elle me répond d’ailleurs négativement.

L’aspect industriel de ce mimétisme s’appelle le merchandising. On n’envisage généralement celui-ci que sous l’aspect de ses produits mais il me semble, d’une certaine manière, que la chirurgie plastique mammaire ou le syndrome de la fausse blonde constituent des exemples beaucoup plus répandus des effets secondaires du vedettariat.

La réunion des avantages des deux sexes constitue également un fondement de celle qui veut être comme Paris Hilton : seuls les naïfs croient avoir affaire à une femme. En réalité, pour une femme, elle est les deux. A force de maximiser les attributs féminins de son corps, elle est devenue virile dans sa tête.

C’est pourquoi, à n’en pas douter, cette vedette incarne un nouveau « type » de femme qu’il faut inscrire, pour le comprendre, dans le mouvement grandissant de la bisexualité et de l’homosexualité féminine en Amérique du Nord.

PS : Merci de ne pas communiquer cet article à ma mère, qui est en Belgique.

Publié dans SHOW-BUSINESS

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Imbar Caroline 07/10/2006 00:39

Je suis très heureuse que vous ayez écouté cette chanson et je vous en remercie. Je n'ai pas encore trouvé du temps pour y mettre des photos et une bio, mais je peux vous dire que j'ai enregistré ce titre au studio Polygone à toulouse-blagnac en avril 06 et que je vais l'autoproduire bientôt car tout cela me tient trop à coeur.Serait-il possible que vous présentiez cette chanson à Monique Giroux, ce serait tellement bien que d'autres personnes puissent aussi l'écouter, par l'intermédiaire des radios.Merci encore, Caroline Imbar

Imbar Caroline 06/10/2006 11:37

Bonjour,Accordez moi 4 petites minutes pour écouter "Des Milliers de Larmes" sur mon blog :  http://caroline.musique.com/Merci, Caroline Imbar

deleted 29/09/2006 18:05

Interview très éclairante.Ca permet d\\\'aller au delà de l\\\'interprétation classique du désir de renommée, qui explique le souhait d\\\'être connu par l\\\'envie d\\\'être aimé "pour soi même" sans avoir à faire d\\\'effort.J\\\'aime bien l\\\'idée que la célébrité est un jeu dynamique de frustration : elle crée de manière autoperformative le besoin qui la nourrit.

u115 24/09/2006 12:59

Bonjour, j'apprécie toujours autant ce site, il faut continuer c'est utilie pour beaucoup de gens!