LETTRE OUVERTE À CEUX QUI DÉSESPÈRENT

Publié le par Hubert Mansion

Par un matin glacé de février 1996, une jeune employée d’une agence littéraire londonienne jeta un manuscrit qu’elle venait de recevoir par la poste dans le «bac des refusés». Geste banal et presque quotidien dans les milieux littéraires et artistiques en général puisqu’il est écrit que tout le monde vous dira non…

Mais le manuscrit ainsi rejeté et qu’on allait retourner à son expéditeur possédait une caractéristique très particulière : il s’appelait Harry Potter à l’école des sorciers. Il était écrit par une jeune femme si  pauvre que, par économie, elle avait préféré recopier chaque manuscrit adressé aux agents littéraires sollicités, plutôt que d’en faire des photocopies.

Quelques heures plus tard, l’attention de l’employée fut attirée par le porte-documents inhabituel en plastique noir dans lequel se trouvait le manuscrit  refusé. Elle l’ouvrit et le lut  pendant sa pause. Il contenait synopsis et trois chapitres du futur livre.  Séduite par le ton et l’humour de son auteur, J. K. Rowling,  elle le recommanda aussitôt à une lectrice indépendante employée par l’agence, puis demanda à son patron l’autorisation de faire envoyer les chapitres suivants.

L’ensemble du personnel de l’agence fut très impressionné par le manuscrit complet. On envoya donc le contrat habituel à l’auteur :

« l’Auteur concède à l’Agent le droit d’être son seul et exclusif représentant dans tous les domaines des engagements littéraires et des activités littéraires de l’auteur, y compris la rédaction de romans, nouvelles, pièces, poèmes, scripts de films, script pour la télévision, chanson, dessins animés, article matériel publicitaire et promotionnel, ainsi que l’exploitation des droits de merchandising qui en dérivent ».

L’agence toucherait, selon ce contrat,  une commission 15 % des gains bruts de l’auteur pour le marché intérieur du Royaume-Uni et 20 % sur les contrats pour les films, les États-Unis et la traduction, pendant une durée de cinq ans.

Quand elle reçut cette proposition, accompagnée d’une note lui suggérant de demander l’avis d’un juriste indépendant avant signature,  J. K. Rowling sauta de joie, fit trois fois le tour de son salon, ce qui lui prit 15 secondes, et apposa ses initiales sur le contrat.

L’agence envoya ensuite le manuscrit à divers éditeurs : 12 d’entre eux le refusèrent. Je répète : 12 éditeurs renommés refusèrent d’éditer Harry Potter.  Seul Bloomsbury, cherchant justement ce genre de livres pour enfants, accepta de le signer, et  proposa une avance de 1500 livres (un peu plus de 2000 euros) que l’auteur et son agent se partagèrent.

Quelques semaines plus tard, J. K. Rowling fut invitée à rencontrer Bloomsbury autour d’un repas. Elle arriva par le bus numéro 9, nerveuse, impressionnée, et très contente de pouvoir oublier pendant quelques heures ses soucis financiers. À la fin du repas, l’éditeur se leva, serra la main de son nouvel auteur en signe de collaboration… Et il lui déclara, les yeux dans les yeux, «Vous savez, vous ne gagnerez jamais d’argent avec des histoires pour enfants».

J. K. Rowling remonta dans le bus numéro 9…

On dit aujourd’hui qu’elle est plus riche que la reine d’Angleterre.

 

Publié dans SHOW-BUSINESS

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Marianne 31/08/2006 16:57

Merci de mettre du baume au coeur à ceux qui espèrent et de rappeler qu'il ne faut jamais désespérer.

Gill 31/08/2006 16:36

Y'a pas à dire ça fait rêver...