WARNER : BRONFMANN REVE, LINKIN COMPTE

Publié le par Mansion

J`ai une réelle affection pour Edgar Bronfman Jr car rarement on aura vu, à ce niveau, un tel mélange d`homme d`affaires et d`artiste, investissant des sommes incommensurables pour assouvir sa passion du show-business. Bien sûr il ne part pas de rien, mais il n`en est pas coupable. Bien sûr, il prend des initiatives parfois douteuses, quand on l`observe dans un fauteuil. Mais il suit sa trajectoire depuis son adolescence dans un milieu hostile à ses  goûts.   Et j`aime ceux qui vont au bout.

En 1934 Sam Bronfman, descendant d`un immigrant russe  ayant fait fortune dans l`hôtellerie au Canada, fonde la société Distillers Corporation Ltd à Montréal qui fusionne avec la compagnie Joseph Seagram and Sons, pour devenir la plus importante distillerie au monde.

La prohibition aux États-Unis n`y est évidemment pas pour rien, puisque Seagram développe un important réseau d`exportation vers ce pays. La famille s`étend, se diversifie essentiellement en deux branches que l`on dit concurrentes, mais, sous l`impulsion de Edgar Jr dans les années 90, abandonne peu à peu l`alcool pour le show-business.

Edgar agit par passion personnelle. A 17 ans, il écrit des chansons, et trois ans plus tard il coproduit un film (il écrira plus tard pour Céline)  Il est l`exemple-type de l`investisseur que j`évoque dans Tout le Monde Vous Dira Non  et que devrait rencontrer tout artiste…

Bronfman acquiert 25% de Du Pont de Nemours, et 15% de Time Warner en 1993.  Deux ans plus tard, il persuade son groupe d`acheter 80% de MCA-Universal grâce à la revente de sa participation dans Du Pont de Nemours. Cinq ans plus tard, c`est PolyGram, revendu par Philips, qui entre dans l`empire pour plus de 10 milliards de dollars. La rencontre avec Jean-Marie Messier, autre passionné du show-business que l`on a réduit un peu vite au statut d`escroc, aboutit enfin à une énorme transaction : Vivendi acquiert Seagram en 2000. La famille échange alors 24% dans Seagram contre 8% dans Vivendi. Le résultat est bien maigre, on le sait.

Mais Bronfman persévère. Il réunit des investisseurs pour racheter Warner Music délaissé par AOL Time Warner (2, 6 milliards $) en pleine tourmente. Comme souvent, la restructuration passe par des licenciements énormes : 30% des artistes Warner sont remerciés, et 28% des employés licenciés. On parle ensuite de reprise du profit, mais il ne s`agit que d`une diminution de ses dépenses. Il reste à Warner une seule issue : l`appel au public.

L`introduction en Bourse avait pour objectif de lever 750 millions de dollars, avec l`argumentaire des nouveaux modes de consommation de la musique, notamment l`intrusion des opérateurs téléphoniques. En coulisses cependant, on murmure que l`introduction boursière a surtout pour objectif d`enrichir les actionnaires, tout en réduisant l`endettement du groupe actuellement évalué à 2,5 milliards $.  Il ne s`agit donc pas de réinvestir de l`argent frais dans une multinationale navigant en eaux difficiles. La Bourse ne suit guère : l`action Warner (WMG), qui avait été proposée autour des 22 $ a finalement été introduite à 17 $ l`unité, pour un total levé de 554 millions au lieu des 750 millions $.

Pendant ce temps,  les « vrais » artistes que sont Linkin Park ruent dans les brancards en menaçant de s`en aller s`ils n`ont pas une part du gâteau, ce qui leur permet au passage de bénéficier d`une énorme publicité gratuite.  Il est de bon ton de dénoncer Bronfman, mais qui se prononce sur cette attitude d`artistes ?

Moi.

Publié dans SHOW-BUSINESS

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