Je ne crois rien
Est-ce parce que j’ai passé l’âge? Parce que je suis moins touché qu’autrefois par les problèmes qu’ils abordent?
Peut-être.
Mais je ne crois rien de ce que les chanteurs et chanteuses me chantent.
Je n’y arrive tout simplement plus. Je veux bien leur reconnaître du talent, de la voix, des textes et des arrangements, une bonne production: mais de la sincérité, je n’en sens
pas.
Il y a trop de maniérisme dans leurs bémols; dans leur souffle je sens trop d’artifices. Trop de mimétisme chez les rappeurs, de marketing chez les sentimentales, de business plan chez les
humanistes, de sportives chez les sensuelles.
Et aucune urgence nulle part, sauf celle de devenir une star, alors que la star de demain sera celle qui sortira du système de la reconnaissance
publique.
Il n’y a plus de cri dans leur chant.
Changer le monde
On dira que la musique reflète les valeurs de la jeune génération, et qu’elle la décrit. Je n’y crois pas, dans le cas d’espèce. Car la jeune
génération est tellement déçue par l’absence de sens qu’on lui propose qu’elle s’est résignée au pire: ne plus le
chercher.
Mais il suffirait d’un seul, d’une seule, pour réveiller les aspirations de millions de jeunes, car la volonté de changer le monde lui est définitivement
attachée.
Seulement voila: il faudrait que cet artiste soit irréprochable sur un vice au moins: l’avarice définie
par St-Augustin comme le désir que porte l’homme d’obtenir plus que nécessaire, qui vient de plonger le monde dans un
désastre.
L’avarice, dans ce sens, n’est pas le vice de garder, mais d’accumuler toujours plus. L’avarice, c’est reconnaître l’argent pour son dieu. Il s’agit donc d’une idolâtrie, pour laquelle on
sacrifie son repos, son plaisir, sa santé, son honneur, sa vie, sa conscience. Et sa sincérité.
L’avarice, sans aucun doute, est, pour cette raison, le péché le plus grave des artistes.
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