En quoi l’orgueil est-il un
«péché capital» dans les métiers de la création?
Il faut d’abord préciser qu’en français, le mot hébreu «'het» est traduit par «péché», terme qui évoque automatiquement l'idée de mal, alors qu’il désigne
en réalité une flèche ayant manqué sa cible. Le «péché» n’est donc pas l’acte pour lequel nous sommes «punis», mais plutôt celui qui nous empêche d’atteindre notre
but.
Cette précision étant faite, que signifie l’orgueil? «Sentiment, état de l'âme où
naît une opinion trop avantageuse de soi-même» dit le dictionnaire.
Orgueil et vanité
L’orgueil ne doit pas être confondu avec la vanité, consistant à faire tout pour être estimé des autres.
L’orgueil se rapporte donc au moi par rapport à lui-même, et la vanité au moi par rapport aux autres.
La vanité est plus répandue chez les «artistes» que l’orgueil lui-même. D’une part, beaucoup d’entre eux passent une vie entière à rechercher l’admiration des
autres; d’autre part, ils le font parce que, le plus souvent, ils n’ont guère d’estime pour eux-mêmes.
D’une certaine manière, c’est le manque d’orgueil qui explique le surplus de leur vanité. Mais la vanité en elle-même n’a jamais été considérée comme un vice
«capital».
Un vice capital
L’orgueil, joue au contraire, dans les métiers de la création, un rôle beaucoup plus dangereux.
Car il entraîne d’abord la peur.
En effet mon orgueil surestime ce que je suis capable d’accomplir. Il me fait croire que je réussirais si je créais, que je réaliserais quelque chose de grandiose,
de supérieur à ce que font les autres.
Il s’ensuit qu’au moment de me lancer dans l’action, je suis pris de peur. Et si l’œuvre n’était pas aussi bonne? Et si, en la voyant, je finissais par m’estimer
moins admirable?
Cette peur entraîne donc à son tour la paresse: il est plus confortable d’échafauder des rêves de réussites, qui ne s’écroulent jamais, que d’essayer de les
réaliser.
L’orgueil, mère de la peur et de la paresse, mène ainsi à ne rien tenter et à rêver sa vie, avant de se réveiller dans le cauchemar de l’avoir
ratée.
A l’envers on pourrait ainsi dire que le meilleur remède contre la paresse est l’humilité et c’est pourquoi on remarque souvent que ceux qui ont réussi de très
grandes choses sont les plus humbles de tous.
C’est en effet parce qu’ils étaient humbles (mais pas modestes) qu’ils ont continuellement agi, en même temps que la confrontation continuelle aux résultats de leurs
efforts a diminué l’idée grandiose qu’ils se faisaient d’eux-mêmes.
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