L'Omerta du music-business

Publié le par Hubert Mansion

 

En rangeant mes dossiers de recherches, je tombe sur de nombreuses entrevues de L’Express. Des gens aussi divers que Henri Salvador, Julio Iglesias, Stevie Wonder, Jean-Louis Murat, Elton John, Maxime Le Forestier et France Gall s’y expriment  autour des thèmes du management et du succès. Je rêve d’un documentaire intelligent où ces sujets seraient enfin abordés, pour mettre fin à cette omerta dont parle avec justesse Jean-Louis Murat. Mais il faudrait des producteurs et des

diffuseurs intéressés…

 

 

Sur le management et le music business

A l'époque, quel rôle un manager jouait-il dans une carrière?

Henri Salvador : Le mien les a tous joués. C'était Jacqueline, mon épouse, mon imprésario, ma productrice, mon directeur artistique, la reine du détail. Elle m'a fabriqué. Au début, lorsque les producteurs de spectacles téléphonaient à la maison, elle répondait: «Henri Salvador? Vous payez combien, monsieur? Non, monsieur.» Et elle raccrochait. Jacqueline disait toujours non. Je me demandais quand j'allais retravailler. Le jour où elle a dit oui, elle m'a fait partir d'un niveau tellement haut que je ne suis jamais redescendu. (Henri Salvador)

Combien as-tu d'agents, d'avocats, de publicitaires, etc.?

Julio Iglesias: Tout une équipe de grands footballeurs travaille pour moi. Elle est capable de déplacer les Pyrénées. Mais, lorsque l'arbitre siffle la fin du match, je suis le seul à perdre... Ou à gagner. ( Julio Iglesias)

Vous n'aviez que 11 ans lorsque Motown vous a accueilli dans son écurie. En 1963, vous sortiez déjà un 33-tours, The 12-Year Old Genius, et votre single Fingertips Part 2 devint n° 1 au hit-parade!

Stevie Wonder : Oui. ça fleurait le miracle. Il faut dire que j'étais mal parti: noir, pauvre et aveugle. Mais, au fond de mon cœur, je savais que Dieu avait pour moi des projets. Et j'avais raison. Je ne dirai jamais assez combien je suis heureux d'avoir croisé si jeune le chemin de Motown… Tout le monde là-bas s'occupait de moi: ils me payaient mes études à la Michigan School for the Blind, m'offraient des cours de piano, m'entouraient d'auteurs et de musiciens exceptionnels comme Clarence Paul ou Marvin Gaye. On m'apprenait la discipline et un secret que je porte toujours en moi: ne jamais se contenter, insister, toujours recommencer, chercher jusqu'à l'épuisement. Motown était surnommé «le son de la jeune Amérique»: pour la première fois, un label entièrement constitué de musiciens noirs avait du succès auprès d'un public interracial. En 1963, année de l'assassinat de Kennedy et de la création, à Detroit, du premier parti politique noir du pays (The Freedom Now Party), le label sortit un disque, The Great March to Freedom, avec les discours de Martin Luther King. Tout se passait dans le petit immeuble de Motown, situé au 2648 West Grand Boulevard. Nous enregistrions dans un minuscule studio au sous-sol, sur un parquet en bois qui craquait à chaque pas, avec le son des climatiseurs qui parasitait les enregistrements. Et pourtant, ces défauts participèrent à créer le fameux Motown sound. (Stevie Wonder)

Maxime Le Forestier: Mais je suis de ceux qui n'ont jamais méprisé le côté business du show-biz. Le plus dur est de trouver l'équilibre. Quelqu'un qui reste à son bureau, qui reçoit des coups de fil et qui organise une tournée est aussi important que les musiciens qui montent sur scène. (Maxime Le Forestier)

Jean-Louis Murat: Le show-business, c'est le FLNC! L'omerta règne. Pourquoi ne pas expliquer la réalité politique et artistique du métier? Et aussi sa réalité commerciale et pragmatique? Parler des cachets? Proportionnellement aux dix grands qui ramassent la caillasse, moi, je touche le RMI. Dernièrement, j'ai même donné un concert dans le centre Leclerc de Niort, la ville des mutualités; c'était très bien organisé. D'ailleurs, je ferais bien une tournée des centres Leclerc... Mais mes disques plafonnent à 100 000 exemplaires. C'est pile le point d'équilibre pour rembourser les frais d'enregistrement. Autour de moi, on me conseille de mettre de l'eau dans mon vin pour être plus «vendable», d'employer moins de 200 mots dans mes textes car les gens veulent écouter des trucs faciles sur leur autoradio. C'est le syndrome Star Academy. Et, quand je suis vraiment dans le rouge, on m'incite à écrire pour Isabelle Boulay. Mais c'est un autre job et je ne suis pas un mercenaire. (Jean-Louis Murat)

Sur la célébrité

Si c'était à refaire?

Elton John: Ces cinq premières années ont été franchement géniales. D'ailleurs, les premières années d'un artiste sont toujours exceptionnelles. Bruce Springsteen, Prince, Madonna, eux aussi, ont expérimenté à leurs débuts ce qu'ils avaient de plus instinctif. Après, ça devient du business. Après, j'ai créé ce monstre qui est devenu Elton John, et j'ai continué à faire de la musique, à enregistrer des disques, et ça m'a permis de garder la tête haute. Je savais que mes chansons ne seraient pas toutes des nos 1. Je savais que je ne pourrais pas sauter sur scène toute ma vie. Seuls Mick Jagger ou Steven Tyler [du groupe Aerosmith] peuvent encore se le permettre à leur âge. Moi, il me reste mon piano.  (Elton John)

France Gall: Est-ce que je resterais dans l'ombre? Oui. Oui. Je crois. Oui. Ce n'est pas intéressant, la lumière. La célébrité ne vous apporte rien. Au contraire: elle vous prive de la liberté. Moi, que je l'aie voulu ou non, tout m'a ramenée à la chanson. Michel, lui, a choisi d'être au-devant de la scène. Et, pour ce plaisir-là, la vie peut basculer. (France Gall)

 

  

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