Apologie de la réussite

Publié le par Hubert Mansion

 

 

Si l’on ne définit pas le succès, comment savoir si on en a ?

Lorsque je faisais des disques, je considérais d’abord que le succès était obtenu si le disque passait à la radio.  S’il passait sur une, je le cherchais aussitôt sur une autre. Et quand par bonheur, je trouvais cette deuxième, j’attendais que les ventes démarrent : le succès, c’est la vente, me disais-je. Or dès que celle-ci commençait, j’attendais fébrilement les classements et autres top 50. Quoi ? Seulement 40e ? Il fallait au moins un top 10, c’était ça le succès. Toutefois, arrivé en 2e place, ce qui ne s’est produit qu’une fois mais représentait quand même un million de ventes, je ne pouvais comprendre qu’on ne saute à la première. A celle-ci, aurais-je accepté que ce numéro 1 se limite à la France ? Non, je pense que, de ce trône, j’aurais regardé vers la Scandinavie, l’Espagne et l’Angleterre comme Jules César en ses légions, en me demandant pourquoi mon empire ne dépassait pas les frontières naturelles. Ainsi, ce qui aurait dû me procurer de la satisfaction me menait à l’inquiétude et, faute d’avoir défini ce que je voulais, j’étais persuadé que j’échouais quand j’obtenais ce que j’avais cru vouloir.

Succès et réussite

 

On devrait toujours distinguer le succès de la réussite. Le succès d’une oeuvre dépend de son accueil par le public, mais sa réussite dépend de sa réalisation, de sa composition. De sorte que beaucoup d’œuvres très réussies n’ont au départ aucun succès, tandis que beaucoup d’autres, mal faites, marchent très bien.  On peut donc connaître la réussite sans succès, et le succès sans réussite. Avec le temps néanmoins, la réussite mène généralement au succès tandis que celui-ci ne conduit pas systématiquement à la réussite : c’est même plutôt l’inverse. De sorte que certains artistes pensent qu’ils ratent parce qu’ils n’ont aucun succès alors qu’ils sont en pleine réussite, et que d’autres sont sûrs qu’ils réussissent alors qu’ils échouent complètement.

Un créateur qui réussit est simplement quelqu’un qui réussit ses créations : la réussite est une sensation immédiate qu’il est le premier à ressentir et qui constitue le premier paiement de son travail. Au contraire le succès semble toujours une sorte de sensation rejetée dans le futur à mesure qu’on l’atteint car il est toujours possible d’en avoir plus (succès local, national, continental, planétaire, hebdomadaire, annuel, centenaire, millénaire, éternel).  La moindre des frustrations ne sera pas de se demander si ça marchera encore quand on ne sera plus là pour le savoir. Car on ne sera plus là pour le savoir…

 

Image 2 : Denis Rodier, sculpteur : http://denisrodier.chez-alice.fr/HomePage.html

Publié dans SHOW-BUSINESS

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