Chanteuse en position américaine

Publié le par Hubert Mansion

Question : Que pensez-vous des remarques d'Ardisson et de Jean-Louis Murat qui traitent de brailleuses les chanteuses à voix du Québec qui ont conquis la France?

(Long silence)

Luc Plamondon : "M'oui... ça, je me sens franchement concerné. J'ai beaucoup de responsabilité là-dedans...

Ce sont des chanteuses à voix qui ont porté la plupart de mes chansons et qui ont fait mon succès; je ne comprends pas pourquoi ils n'adressent cette critique qu'aux femmes. Pas aux Sardou, Pagny, etc. En fait, je crois que le Français est resté macho: il aime les femmes douces et évanescentes, pas les femmes qui déplacent de l'air. Chaque fois que Diane Dufresne faisait une télé en France, elle se nuisait. Il les aime proprettes, bien à leur place en tailleur Chanel avec des manières, et des tenues pour chaque heure de la journée... Les p'tites susurreuses, ça fait pas de grandes carrières, sauf les auteures-compositrices." (Journal Voir, Montréal, déc. 2005)

On ne dira jamais assez que l’apport le plus important du Québec  au show-business francophone dérive directement de la perception de la femme en Amérique du Nord. Pour caricaturer, on pourrait dire que, de manière générale, l’Amérique a permis aux chanteuses de hurler : non pas que les Européennes s’en abstenaient en privé, mais ce comportement n’était pas autorisé aux interprètes.  Si elles le font dans la cuisine, toutefois, pourquoi ne pourraient-elles le faire en studio ?

La société française, disait justement Bernard Pivot, est tout entière fondée sur le principe de la mesure : qu’il s’agisse de musique, de peinture, d’architecture, de poésie, de cinéma ou même de jardins, toute la pensée de France repose sur la mesure de l’émotion.  Depuis le XVIIème siècle, le bon goût à la française, qui a donné tant de chefs d’œuvre au monde, provient de la litote et de l’euphémisme.

La société américaine au contraire – avec toutes les nuances que je n’ai pas la place d’apporter -  fait l’apologie de l’excès, et a donné tant d’autres splendeurs.

Les mauvaises langues disent que les artistes québécois ont des grandes voix pour ne rien dire, tandis que les artistes français n’ont aucune voix pour dire de grandes choses. Mais en 2025, ils auront des enfants chanteurs et en attendant, il y a les tourterelles.

Publié dans SHOW-BUSINESS

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