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avec Hubert Mansion

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Québec, 18 juin 2006

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Lundi 12 mai 2008

Elle possède une forme de guitare et pose à côté d’une guitare qui  n’a pas de formes. Carla est courbe, mais l’instrument est plat.

De la femme, on ne voit que la moitié: un œil, un sein, une épaule, un bras. Sa véritable «moitié» est partie, en emportant d’ailleurs tous les meubles car il n’en reste aucun. Pour se reconstituer, Carla, que cette rupture a mise par terre, n’a d’autre solution que de substituer sa guitare à l’absent,  et à dormir avec elle-lui.

Elle passe donc la main sur la nuque de l’instrument qui se conduit comme un homme après l’amour:  couché sur le dos, les yeux au plafond et se laissant caresser.

Rarement, on aura vu une guitare, si souvent assimilée au corps féminin, symboliser un homme. C’est nous dire aussi la nécessité et l’urgence de la musique dans la tragédie ainsi racontée.


Le regard perçant

Quelle tragédie? Une tragédie moderne à la française. Une femme sentimentale dont le corps est en manque. Son mamelon déjà dressé indique la nature de son combat et l’objet de son attente. Elle dort peut-être avec sa guitare mais elle ne couche pas avec son instrument. Sur la même parallèle que son œil, son sein  transperce et occupe le centre de l’image: nous sommes au cœur de la communication de la chanteuse-mannequin.

C’est bien de sexualité qu’elle nous parle. Elle ne demande pas qu’on la prenne dans ses bras; elle n’est pas dans une attente romantique. Elle veut du physique, du charnel. Quelqu’un lui a dit qu’on l’aimait encore?

- Ok. Mais quand vient-il me prendre? répond-elle, en respirant difficilement.


L’infirmière et le transfusé

 

Aussitôt  mariée, la voilà verticale.  Trouvant son âme-sœur, Carla retrouve du même coup sa moitié: à deux, elle est une. Ceci  permet de la voir presque de face – de trois quart,  car on ne voit que son bras gauche, celui du cœur, et son buste. Saluons au passage la future Marianne.

Lui est assis, bien sûr. Un roi est toujours assis. Elle est entrée subrepticement («Nicolas? Je ne te dérange pas?») pour voir comment ça va et l’encourager face à son destin. Ce n’est plus une chanteuse au mamelon saillant, un top-modèle nu, c’est une infirmière en blouse blanche, manche retroussée et sans bijou, à la sexualité rassasiée par le mariage, qui vient le soutenir.

Mais surtout le retenir:  la main autour de son biceps, centre symbolique de la force masculine, elle le flatte autant qu’elle le contient, et infuse à la musculature présidentielle la douceur féminine.  Elle va le soigner.

Quel est sa méthode? Si on trace une ligne horizontale à partir de l’oreille proéminente du président, on rejoint le cœur de la chanteuse : Carla, nous dit la photo, a l’oreille de Nicolas.  Que dit son cœur? La tête de la chanteuse, penchée à gauche, nous répond: elle lui parle de compassion et d’empathie.


L’enjeu du couple

La tête de Sarkozy au contraire, penche à droite, manifestation classique de  l’autorité.

Il est déterminé mais elle est compatissante; il fait face à la France, mais elle sourit aux Français; il parle aux hommes, mais elle parle aux femmes. Et elle leur tient un discours complice qu’elles connaissent, renforcé par sa position de biais: «vous savez comment sont les hommes. Il suffit de savoir les prendre».

C’est donc la chanteuse, nous dit ce montage, qui soignera ce que le président a de trop dur, confirmant ce vieil adage dont je ne suis pas sûr, qu’il y a toujours une femme derrière un grand homme.


Le sacre de Nicolas

Mais il y a plus.

Car toute la dynamique de la photo officielle provient de cette tension entre les têtes. Chacune penchant dans un sens opposé,  l’écart entre elles occupe le centre de l’image. Ça tombe bien: on peut ainsi localiser le lieu où l’on se trouve, un bureau –le bureau– de l’Élysée symbolisé par la dorure d’un abat-jour.  Nous sommes donc à la tête du pouvoir, là où tout se joue.

Il faut bien observer cet abat-jour. Ne fait-il pas penser à une tiare ou une auréole, un couronnement quelconque?  Il suffirait de peu pour que Nicolas ne soit ceint de ce symbole.  Que faudrait-il au juste?  Qu’il penche davantage sa tête vers la gauche, c’est-à-dire qu’il aille dans le même sens que Carla… Qu’il réponde à l’appel à l’empathie de sa femme.

Alors sa tête serait enfin droite. Il aurait cessé d’être dans l’autorité excessive, serait droit sans être rigide et aurait accepté sa part féminine. C’est tout l’objet de la transfusion à laquelle se prépare l’infirmière, avec sa manche relevée comme pour une prise de sang. Quand elle aura terminé, veut-on nous laisser entendre, quand elle lui aura donné de son sang –le sang est lié au cœur– il sera guéri.

Il sera alors couronné de succès. Et de lumière.


Le choc des photos

Voici comme, sans un mot, on nous fait passer un discours complexe qui, ne contenant aucun argument, ne peut être contredit par rien.

«Patience, je m’en occupe. Revenez quand l’opération sera finie» nous dit, en somme cette photo.

Nul doute que Carla qui, pour avoir posé pour des calendriers, n’en a jamais perdu son agenda, y a mis toute ses connaissances de sémiologie. Moi aussi.

publié dans : SHOW-BUSINESS
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Commentaires

Excellente analyse, qui ne manque pas de perspicacité et d'humour.


 
commentaire n° : 1 posté par : gilles OB (site web) le: 12/05/2008 10:27:04
Excellente argumentation.
Rien n'échappe à votre oeil, Maître Mansion !
Je comprends mieux maintenant pourquoi j'ai délaissé de suite ce magazine sans le lire lorsque j'ai vu cette photo !
J'ai dû penser : OK attendons le résultat de l'opération.
Meilleures salutations !
commentaire n° : 2 posté par : Marianne (site web) le: 12/05/2008 11:12:53
Du Grand Art. Je parle de ton analyse, Hubert.
Tout y est, rien n'y manque, ni le détail de la lampe, ni le sens de la manche retroussée, ni l'humour de l'auteur perspicace.
En France, ça ferait un livre.
commentaire n° : 3 posté par : Pascal (site web) le: 29/05/2008 11:05:19

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