avec Hubert Mansion Produit par ARTSON Québec, 18 juin 2006 AVEC LE...
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Entrevue du 5 avril 2006:

Hubert MANSION

"Un mot de la relation de presse"
Lisez
ICI
Auteur et Recherche:
Hubert Mansion
Mise en page / Audio
illustration / Animation:
Lise Bisson
Collaboration spéciale:
Merci à Denis Grenier
et Simon Senay
Partenariat en référence
Elle possède une forme de guitare et pose à côté d’une guitare qui n’a pas de formes. Carla est courbe, mais l’instrument est plat.
De la femme, on ne voit que la moitié: un œil, un sein, une épaule, un bras. Sa véritable «moitié» est partie, en emportant d’ailleurs tous les meubles car il n’en
reste aucun. Pour se reconstituer, Carla, que cette rupture a mise par terre, n’a d’autre solution que de substituer sa guitare à
l’absent, et à dormir avec elle-lui.
Elle passe donc la main sur la nuque de l’instrument qui se conduit comme un homme après l’amour: couché sur le dos,
les yeux au plafond et se laissant caresser.
Rarement, on aura vu une guitare, si souvent assimilée au corps féminin, symboliser un homme. C’est nous dire aussi la nécessité et l’urgence de la musique dans la
tragédie ainsi racontée.
Le regard perçant
Quelle tragédie? Une tragédie moderne à la française. Une femme sentimentale dont le corps est en manque. Son mamelon déjà dressé indique la nature de son combat et
l’objet de son attente. Elle dort peut-être avec sa guitare mais elle ne couche pas avec son instrument. Sur la même parallèle que son œil, son sein
transperce et occupe le centre de l’image: nous sommes au cœur de la communication de la chanteuse-mannequin.
C’est bien de sexualité qu’elle nous parle. Elle ne demande pas qu’on la prenne dans ses bras; elle n’est pas dans une attente romantique. Elle veut du physique, du
charnel. Quelqu’un lui a dit qu’on l’aimait encore?
- Ok. Mais quand vient-il me prendre? répond-elle, en respirant difficilement.
L’infirmière et le transfusé
Aussitôt mariée, la voilà verticale. Trouvant son âme-sœur, Carla retrouve du même coup sa moitié: à deux, elle est une. Ceci permet de la voir presque
de face – de trois quart, car on ne voit que son bras gauche, celui du cœur, et son buste. Saluons au passage la future
Marianne.
Lui est assis, bien sûr. Un roi est toujours assis. Elle est entrée subrepticement («Nicolas? Je ne te dérange pas?»)
pour voir comment ça va et l’encourager face à son destin. Ce n’est plus une chanteuse au mamelon saillant, un top-modèle nu, c’est une infirmière en blouse blanche, manche retroussée et sans
bijou, à la sexualité rassasiée par le mariage, qui vient le soutenir.
Mais surtout le retenir: la main autour de son biceps, centre symbolique de la force masculine, elle le flatte autant
qu’elle le contient, et infuse à la musculature présidentielle la douceur féminine. Elle va le soigner.
Quel est sa méthode? Si on trace une ligne horizontale à partir de l’oreille proéminente du président, on rejoint le cœur de la chanteuse : Carla, nous dit la
photo, a l’oreille de Nicolas. Que dit son cœur? La tête de la chanteuse, penchée à gauche, nous répond: elle lui parle de compassion et
d’empathie.
L’enjeu du couple
La tête de Sarkozy au contraire, penche à droite, manifestation classique de l’autorité.
Il est déterminé mais elle est compatissante; il fait face à la France, mais elle sourit aux Français; il parle aux hommes, mais elle parle aux femmes. Et elle leur
tient un discours complice qu’elles connaissent, renforcé par sa position de biais: «vous savez comment sont les hommes. Il suffit de savoir les
prendre».
C’est donc la chanteuse, nous dit ce montage, qui soignera ce que le président a de trop dur, confirmant ce vieil adage dont je ne suis pas sûr, qu’il y a toujours
une femme derrière un grand homme.
Le sacre de Nicolas
Mais il y a plus.
Car toute la dynamique de la photo officielle provient de cette tension entre les têtes. Chacune penchant dans un sens opposé, l’écart entre elles occupe le centre de l’image. Ça tombe bien: on peut ainsi localiser le lieu où l’on se trouve, un bureau –le bureau– de l’Élysée symbolisé par la dorure d’un abat-jour. Nous sommes donc à la tête du pouvoir, là où tout se joue.
Il faut bien observer cet abat-jour. Ne fait-il pas penser à une tiare ou une auréole, un couronnement quelconque? Il
suffirait de peu pour que Nicolas ne soit ceint de ce symbole. Que faudrait-il au juste? Qu’il penche
davantage sa tête vers la gauche, c’est-à-dire qu’il aille dans le même sens que Carla… Qu’il réponde à l’appel à l’empathie de sa
femme.
Alors sa tête serait enfin droite. Il aurait cessé d’être dans l’autorité excessive, serait droit sans être rigide et aurait accepté sa part féminine. C’est tout
l’objet de la transfusion à laquelle se prépare l’infirmière, avec sa manche relevée comme pour une prise de sang. Quand elle aura terminé, veut-on nous laisser entendre, quand elle lui aura
donné de son sang –le sang est lié au cœur– il sera guéri.
Il sera alors couronné de succès. Et de lumière.
Le choc des photos
Voici comme, sans un mot, on nous fait passer un discours complexe qui, ne contenant aucun argument, ne peut être contredit par rien.
«Patience, je m’en occupe. Revenez quand l’opération sera finie» nous dit, en somme cette
photo.
Nul doute que Carla qui, pour avoir posé pour des calendriers, n’en a jamais perdu son agenda, y a mis toute ses connaissances de sémiologie. Moi
aussi.
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