La voie du Show-business; la deuxième leçon

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Mais aussitôt dans le cloître, voilà qu’un moine agitant son téléphone fait de grands gestes au novice dépité. C’est le Moine Éditorial.

-Je vous propose un contrat à vie pour toutes vos œuvres et pour le monde entier. Ça vous intéresse?

-Si ça m’ intéresse?  j’ai justement rêvé cette nuit que quelqu’un me proposait un contrat. Je savais que c’était prémonitoire… Je signe où exactement?

-Signez partout, c’est plus sûr, répond le moine éditorial. Je suis heureux de vous compter dans mon écurie. Tenez, au diable l’avarice! Je débouche une bouteille de grenadine! Quel genre de musique composez-vous, au fond?

-Un peu dans tous les genres… Ça vous embêterait si je vous demandais ce que vous comptez faire de mes œuvres?, demande le Novice en trinquant.

-
J’ai de très bons contacts au Tibet, en Chine orientale, en Sibérie, j’ai des introductions auprès du dalaï-lama pour son prochain CD de relaxation. Ma belle-sœur dirige une radio dans l’ouest du Sud et vous me demandez ce que je vais faire? Réfléchissez deux minutes. Ne partageons-nous pas le même intérêt? si j’exploite convenablement votre œuvre, vous  deviendrez riche et moi aussi.

Il y a des moments dans la vie où l’on se réjouit de n’avoir pas écouté ceux qui en savent plus que nous, et c’est cette saveur que le moine retrouve dans la grenadine, en pensant aux Maître des novices. En vidant son verre, il aperçoit un vol de pigeons dans le jardin du cloître.

-Tiens un pigeon! dit justement le Maître des novices qui vient toujours quand on pense à lui.

Ses déplacements saisissants étonnent encore le novice. Après avoir repris ses esprits, celui-ci lui demande, car tout est enseignement:

-Si je puis me permettre, Absolue Sagesse, pourquoi dites-vous «tiens un pigeon» alors qu’il y a en réalité des pigeons?

-
Tu vois devant toi des messages que je t’envoie mais tu ne comprends rien. Admire cependant ta prochaine réincarnation et lis l’article 1 du contrat que tu viens de conclure avec le Moine Éditorial.

En ne comprenant rien, comme d’habitude, le novice lit à voix haute:

«
l'AUTEUR cède à l'ÉDITEUR, qui ne s’engage en rien pour le monde entier et sans restriction de langue, de marché et de format, la propriété entière et exclusive de tous les droits d'auteur et autres droits qu'il détient ou pourra détenir sur I'OEuvre, en vertu des lois actuelles et futures, en France et à l’étranger, l’œuvre étant définie comme toutes les chansons écrites depuis la naissance de l’auteur jusqu’à sa mort, même et y compris s’il meurt d’une crise cardiaque causée par son énervement en raison de l’inactivité complète de l’éditeur.»

-Tu
es un pigeon qui vient de se faire voler la moitié d’un camembert, conclut le Maître.

-Quelle est la leçon du jour, Plus Suprême que Les Suprêmes?

-Quand on cède un droit, on exige qu’il soit exploité. Va faire tes vocalises.

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