« L’amour du public »

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Quand je fais des conférences à des artistes et que je leur dis que c’est leur vie privée qui sera sans doute la cause de l’échec de leur carrière, ils ne me croient pas. Ils préfèrent penser le contraire, que c’est l’échec de leur carrière qui ruinera leur vie privée.

J’ai beau donner des exemples, des anecdotes, des choses que j’ai vécues moi-même: rien ne passe. Et chaque fois que je termine une conférence, je me dis «Pourquoi n’ai-je pas pu leur faire comprendre l’essentiel?».

Ils attendent de moi des trucs et des ficelles pour faire des tubes. Je n’en ai pas. Et je me sens comme un conférencier qui pérorerait sur la pauvreté devant des pauvres: ce public ne veut pas de conférence, il veut de l’argent. Ces artistes ne veulent pas de réflexion, ils veulent un contrat: ils ne veulent même pas un contrat, ils veulent des concerts et des disques qui passent à la radio.

À ce moment enfin ils se sentiront bien. Ensuite, on les aimera moins, et leurs disques passeront moins : ils n’y croient pas. Ils ne veulent pas imaginer ce moment; ou ils verront bien quand ils seront arrivés là. Ou enfin, ce qui compte c’est que ça marche au moins une fois, l’échec étant ensuite, croient-ils, moins douloureux, alors qu’il l’est beaucoup plus.

Pourquoi tant de gens veulent-ils la célébrité? Souvent, parce que seuls les autres peuvent leur donner une reconnaissance qu’ils ne s’octroient pas à eux-mêmes, parce qu’ils ne croient pas la mériter. Les applaudissements seuls couvrent la voix intérieure qui les détruit, le doute qui les ronge, le vide qui les appelle. Peu à peu ils deviennent esclaves de l’admiration de ceux qu’au fond ils méprisent, parce qu’ils les aiment pour de mauvaises raisons et à condition qu’ils ne changent pas.

Les-ch-ris---nombril.jpgDans la plupart des cas, «l’amour du public» est une méprise  et l’idole une caricature: Carlos pour sa bonne humeur, Salvador pour son rire, Serge Lama pour Pigalle. Ce n’est pas la personne, c’est la personna, ce n’est pas l’homme mais le chanteur, ou l’acteur. Ce n’est pas l’humain, c’est le rêve. Bien souvent, ce n’est même pas le présent, mais le passé.

Et la «vedette» doit vivre avec tout ça au quotidien, supporter cette sorte d’imposture, cette personne imaginaire qui n’existe pas mais à laquelle il faut à tout prix faire croire de jour en jour, et qui est devenu leur maître.

Quand vingt ou trente ans plus tôt, je leur dis qu’il faut travailler à son équilibre intérieur, c’est moi qu’ils prennent pour un imposteur.

Publié dans SHOW-BUSINESS

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Vincent PELLERIN 19/05/2008 19:23

«Pourquoi n’ai-je pas pu leur faire
comprendre l’essentiel?»Je me rappelle cette maxime: "la vérité a la vie dure". Malheureusement, trop souvent l'homme perçoit la réalité selon ses propres rêves, rejetant la difficile tâche de réaliser ses propres rêves.

Vincent PELLERIN 19/05/2008 19:19

«Pourquoi n’ai-je pas pu leur faire
comprendre l’essentiel?»Je me rappelle cette maxime: "la vérité a la vie dure" (je ne sais plus de qui). Trop souvent, l'homme cherche à percevoir la réalité selon ses rêves plutot que de réaliser ses rêves. Cette deuxième posture suppose d'ouvrir les yeux et de construire...

Marie 26/02/2008 15:14

Vous êtes " tellement " dans la vérité ... MERCI!

Alan 22/02/2008 16:35

Pouvez-vous nous donner un exemple ou une anecdote a propos du fait que c'est la vie privee qui sera la cause de l'echec de la carriere d'un artiste?

Marsou 22/02/2008 15:30

merci oui