Janette Bertrand : les recettes du show-business

Publié le par Hubert Mansion

 

 

Les Français ont inventé le terme pipolisation pour traduire celebrity economy.Le principe est simple : augmenter la célébrité d’une personne pour rentabiliser ses produits dérivés. En voici une application québecoise : Janette Bertrand.

Il s’agit d’une femme bien connue dans la belle Province pour avoir écrit des feuilletons qui ne sont mémorables, pour les Européens que nous sommes,  que parce qu’ils sont datés.

Nous avons tous vu  sur TV5 ces séries mal éclairées, un peu incompréhensibles, tournant autour des thèmes de la famille, de l’amour impossible et de la dépression nerveuse.

Premier Acte

Il y a un an, s’estimant un peu oubliée par les médias, Janette s’est décidée à leur livrer ses bons souvenirs en publiant ses mémoires. Le livre a connu un succès fulgurant, car l’auteure s’y positionnait comme une victime de son mari et de la société télévisuelle.

Elle accusait  le premier de machisme et  reprochait à la seconde son jeunisme, qui ne lui laissait aucune place dans le monde des médias.  En français, on appelle cela la retraite, mais pour Janette c’eût été une abdication. La voilà donc partant à l’assaut des émissions TV  pour la promo de sa Vie en 3 actes.

L’accueil fut délirant : la plupart des animatrices  actuelles, quand elles avaient 5 ans, regardaient  Janette Bertrand tous les soirs avant d’aller dormir . Recevant leur sainte-patronne en direct, elles en profitaient pour rappeler qu’elles rêvaient de faire ce métier depuis toujours, renforçant de la sorte leur crédibilité auprès des ménagères, et cherchant à succéder  à Janette Bertrand, qui voulait garder sa place.

Deuxième Acte

Et celle qui se plaignait de ne plus rien faire à la télévision ne fit plus que de la télévision, se vit décorée de tous les noms, sacrée de la première ceci et de l’ultime cela.

Néanmoins, à cultiver ses souvenirs, on se positionne en grand-mère . C’est donc sous le signe de la nostalgie-camarade qu’on la voit  sortir aujourd’hui un coffret de vieilles émissions, animer un blablashow, conçu sur le modèle de je-me-confie-à-ma-grand-mère-en-mangeant-des-framboises,  et, bien sûr, car c’est le lot d’une grand-mère : un livre de recettes, déjà sorti en 1970,  et que tout le monde avait oublié.

Mais non, nous assure la 4ème de couverture : en réalité, Janette a fini par céder aux marques d’amour de ses lecteurs et ses lectrices qui lui réclamaient haut et fort une réédition de son livre de recettes. Ce qu’il faut comprendre comme :  Après d’âpres négociations concernant l’avance sur droits et d’insupportables exigences sur le pourcentage, JB a enfin accepté de vendre des recettes que tout le monde connaît.

Troisième Acte

Avec l’air de rien, ce dernier ouvrage confirme donc Janette Bertrand dans le rôle de la grand-mère-du-Québec : oubliées les accusations de jeunisme, et accroche toi Maman Dion : Janette ne nous donne peut-être pas des leçons de cuisine, mais elle livre la meilleure recette du show-business : faire du neuf avec du vieux.

Publié dans SHOW-BUSINESS

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