Dimanche 25 novembre 2007
En ne respectant pas «la promesse de la marque», c’est-à-dire l’attente de son public, Corneille perd peu à peu son audience. Les ventes de son album anglophone s’élèvent à un peu moins de 20.000 exemplaires en France et semblent consacrer l’échec de la nouvelle direction du chanteur. Parce qu’il vient de loin, faut-il le dire: son premier album s’était vendu à plus d’un million d’exemplaires.
Quitter le concept «Afrique», était sans doute une mauvaise idée, et quitter la langue de Molière une plus mauvaise encore. Alors que Corneille pouvait s’imposer comme l’artiste de l’africanité – c’est-à-dire l’incarnation des valeurs de solidarité, d’anti-consumérisme, de sens de la famille et d’appel à la conscience occidentale – il brouille l’image en s’attaquant au marché anglo-saxon.

Signé chez Motown, il rejoint un catalogue prestigieux sans doute, mais n’ayant plus aucun rapport avec les attentes du public. Il n’est plus Youssou N’ Dour, il est Lionel Ritchie. Ce n’est plus le Rwanda, c’est New-York.
Son management aurait dû lui imposer de rester dans son positionnement: mais Corneille a également changé de management. Statistiquement, les artistes quittent l’équipe qui les a conduits au succès: il leur semble qu’on veut les «enfermer» dans une recette et les condamner à la répétition, ce qui est en effet maladroit.
Changer d’orientation ne l’est pas moins. Ce qui leur est demandé n’est pas la répétition de l’identité, mais sa confirmation, entreprise délicate joignant la fidélité à l’évolution.
Que pourrait faire Corneille pour se recentrer? À mon sens, réaffirmer au plus vite son identité. Produire un documentaire sur le Rwanda. Enregistrer un album de duos avec des africains inconnus. Et vendre sa Porsche…

Sebasto, l’interprète d’une chanson qui a cartonné en France, vient d’annoncer qu’après avoir vendu plus de 100.000 disques, il a touché à un chèque final de 477€.
Cette intéressante contribution à l’histoire des mathématiques comporte une leçon de droit, et une autre de calcul.
Elle pourrait s’intituler, comme autrefois « Martine va à la Ferme » , « Sebasto ne consulte pas d’avocat », et s’applique avec la même régularité à des centaines d’interprètes tous les ans:
1.Sebasto est tout content qu’on lui propose un contrat (page 1)
2.Sebasto lit le contrat et n’y comprend que dalle (page 2)
3.Mais il est quand même content (page 3)
4.Sebasto ne consulte pas d’avocat spécialisé car il a peur de faire échouer le deal si un avocat s’en mêle
5.Ses producteurs lui disent de leur faire confiance (on a les mêmes intérêts que toi, tu vas gaspiller ton fric (d’ailleurs tu n’en as pas))
6.En synthèse, Sebasto ne comprend pas son contrat, est quand même content, et le signe.
7.Les redevances que touchent les interprètes sont des pourcentages
8.Un pourcentage n’a de sens que si l’on connaît son assiette
9.Dans l’industrie musicale la royauté se calcule en principe sur le prix de gros des disques vendus
10.Mais non pas sur les recettes nettes de l’exploitation, comme dans le contrat apparemment signé par Sebasto.
11.Récapitulation: 8% des recettes nettes de la vente d’un disque n’ont aucun rapport avec 8% du prix de gros d’un disque
En effet, sur base d’un prix de gros de 2,5€ pour un single, un artiste qui vend 100.000 exemplaires peut espérer gagner à peu près:
100.000 X 2,5€ (prix de gros) X 8% (taux de redevance) = 20.000€
Tandis que s'il est payé sur les "recettes":
Recettes brutes – (Dépenses+frais+achat d’une Mercedes pour la production) = des cacahuètes X 8% = 477€
La notion de « recettes nettes » a fait la ruine de bien des gens qui ont économisé leurs frais d’avocat.
Merci à Philippe Axel de m’avoir communiqué la nouvelle...
Illustration: Création Simon Senay Nov. 2007
Dimanche 23 septembre 2007
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