Quelle n’est pas ma surprise de lire une publicité pour le dernier film de Denys Arcand, L’Age des Ténèbres, parue ce matin.
N’y figurent pas moins de 30 critiques élogieuses voire dithyrambiques («Coup de génie», «infiniment séduisant», «profondément bouleversant») pour un film que la critique française a assassiné, et que la critique québécoise, dans son ensemble, s’est contentée de saluer poliment.
Les inconditionnels du réalisateur ont déjà vu le film . Mais les autres? Comment convaincre les hésitants, refroidis par les critiques étrangères, d’aller quand même assister au spectacle?
La question vaut 1 million de dollars, somme réinvestie par le distributeur dans la promotion au Québec: la réponse donnée s’élève, à mon avis, à beaucoup moins.
Publier en pleine page des éloges alors que tout le monde sait qu’il y a eu beaucoup plus de critiques ne leurrera pas grand-monde. N’importe qui peut avoir accès en quelques secondes sur le net aux commentaires des journalistes.
Il y avait pourtant une occasion idéale de relancer la promotion de l’Age des Ténèbres. Il fallait lancer un débat sur le film afin de pousser le public à se positionner, et de juger par lui-même. N’aurait-il pas été beaucoup plus efficace de publier sur la même page, en dessous de la photo d’Arcand:
«En quoi consiste un film de vieux con? C’est un film dans lequel le réalisateur clame aveuglément sa haine de l’époque moderne, parce qu’il souffre au fond de n’être plus dans le coup. (Les Inroks,)»
en face de:
«Coup de génie… Le chef d’œuvre de Denys Arcand (Journal de Montréal)»
Et:
«Arcand mine le terrain tous azimuts au risque d’une râlerie cinématographique qui perd en profondeur (L’Humanité)»
à côté de:
«Un film choc pour se divertir et réfléchir (CHLT)»?
De victime hésitante regardant avec angoisse son 15$ d’entrée, le public se serait transformé, face à cette opposition, en participant et en critique. Quel que soit le plaisir de voir le film, il aurait gagné le bénéfice de donner son avis dans le cadre d’un débat public, d’autant que l’on sait aujourd’hui que l’une des grandes motivations des sorties culturelles repose sur la volonté de socialiser.
Au passage, il aurait ainsi apporté un sujet de conversation au souper de Noël, ce qui n’est jamais négligeable, et donné à ses convives l’envie de se faire également une idée personnelle.

ajouter un commentaire commentaires (1) créer un trackback recommander














On dirait que l’accès d’à peu près tout le monde à presque tout irrite l’Hexagone dans ses fondements: Quoi? dit-il, on peut obtenir des formulaires sans s’adresser poliment à l’administration? On peut s’abriter derrière des pseudonymes sans devoir décliner sa généalogie? Parler d’égal à égal («peer to peer») dans un pays construit sur la différence de classes sociales? Alors c’est fini le nœud papillon, les présidents, la noblesse, les énarques, les préfets, les «grands patrons», les «intellectuels de renom»? Impossible! (contrairement à une croyance courante, impossible est un mot on ne peut plus français).
En ne respectant pas «la promesse de la marque», c’est-à-dire

«La lenteur de la justice est gage de sa sérénité» écrivent souvent les avocats pour faire patienter leurs clients.

COMMENTAIRES